Troubles de santé mentale

Je souris mais je vais mal

Chourouk Mrad
Chourouk Mrad
15 mars 2026 11:11

 


Il y a des personnes qui sourient tous les jours… et qui pourtant se sentent brisées à l’intérieur. Elles continuent d’assumer leurs responsabilités, d’écouter les autres, de travailler, de répondre « tout va bien », alors qu’au fond, elles se sentent épuisées, vides, parfois inutiles. Cette souffrance invisible, c’est ce qu’on appelle souvent la dépression silencieuse.

Quand on est déprimé, le regard sur soi change. On ne voit plus ses efforts, seulement ses erreurs. On oublie les petites victoires, on amplifie les échecs. On se fixe des exigences très élevées, presque impossibles à atteindre, puis on se reproche de ne pas y arriver. Même les réussites sont minimisées : « c’est normal », « ce n’est rien », « j’ai juste eu de la chance ».

 À l’inverse, la moindre difficulté devient une preuve que l’on n’est « pas capable ». À force de se parler durement, on finit par croire cette voix intérieure critique.

Peu à peu, la personne se replie sur elle-même. Elle évite de parler de ce qu’elle ressent, de peur de déranger, de ne pas être comprise ou d’être jugée. Elle se punit intérieurement, s’accorde peu de repos, peu de reconnaissance, peu de douceur. Et pourtant, elle lutte chaque jour pour tenir debout.

Il est important de le dire clairement : la dépression est une vraie maladie. Elle n’est pas un manque de volonté, pas une faiblesse de caractère. Comme une maladie physique, elle affecte le fonctionnement global de la personne : son énergie, son sommeil, sa concentration, son rapport à elle-même et aux autres. On ne dirait jamais à quelqu’un qui a une fracture de « faire un effort pour marcher ».

Alors pourquoi se demander d’être fort quand l’esprit souffre ?

La psychothérapie, notamment les thérapies cognitives et comportementales (TCC), peut aider à sortir de ce cercle. Elle permet d’identifier cette voix intérieure sévère, de comprendre comment certaines pensées entretiennent la tristesse et la culpabilité, et d’apprendre progressivement à développer un regard plus juste et plus bienveillant envers soi-même. Elle aide aussi à reprendre des activités, à retrouver du sens, à réintroduire des expériences positives, même petites, dans le quotidien. Ce travail ne supprime pas la souffrance du jour au lendemain, mais il offre des outils concrets pour ne plus rester seul face à elle.

Demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse. C’est un acte de courage. C’est reconnaître que l’on mérite du soutien, que sa souffrance compte, qu’elle a le droit d’être entendue. Prendre soin de sa santé mentale est aussi important que prendre soin de sa santé physique.

Si vous souriez à l’extérieur mais que vous vous sentez mal à l’intérieur, sachez ceci : votre douleur est légitime. Vous n’êtes pas seul et il est possible d’aller mieux, pas à pas, avec un accompagnement adapté.

Chourouk Mrade.

psychothérapeut et sexologue clinicienne.

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